C'est un mur de béton éventré, ses
tripes de limailles pendent mollement le long de ses flancs et des
blocs de pierre gisent sur le sol. Arrive alors en flottant ces mains
jointes vers le ciel. Gigantesques. Elles lévitent de façon très
douce et avancent lentement. Elles se glissent dans la brèche
murale, l'éclatent encore un peu plus en forçant le passage. L'air
est comme ondulé sous cet étrange monolithe en mouvement, les
vibrations de sa lévitation sont comme visibles. Graviers et
poussières gravitent légèrement en dessous, tels des atomes autour
de leur noyau.
On entend la voix des mains, on dirait
qu'elles nous parlent. C'est comme un bourdonnement sourd et
paisible.
Elles s'enfoncent vers le cœur de la
ville. Ces mains sont titanesques. Bientôt d'autres objets
commencent à léviter dans leur sillage. Toutes les roues, pièces
cylindriques et autres rouages les suivent. Les pièces qui
rattachaient tous ces objets définis par diamètre et rayon
volettent alentour. Chaque objet tourne dans le vide comme pour
avancer. Les mains apparaissent être une comète avec leur traînée
empoussiérée de boulons cylindriques, vis et écrous complétant le
cortège. Le cœur de la ville est atteint, y réside la tour de
cristal noir : elle monte en escaliers disparates dans des
enchevêtrements irréguliers et nombreux. Au sommet, la cime est
géométriquement plate et lisse, elle semble tutoyer les étoiles.
Les mains continuent de flotter en
direction de la tour et entame leur ascension en l'entourant tout en
gagnant de l'altitude. La comète cylindrique aux mains jointes
semble faire naître une parade nuptiale entre elle et la tour, danse
animiste composée de ronds concentriques avec pour centre la tour
noire cristalline et pour rayon le titan digital. La lenteur du
mouvement confère une puissance immuable à cette union.
Enfin au sommet, les mains ne montent
plus, elle tournent patiemment sur elles-mêmes, inlassablement. La
cohorte d'objets circulaires constituant la queue de la comète reste
en lévitation suspendue autour de l'édifice, guirlande mécanique.
La lumière stellaire et lunaire s'y reflète. L'icône est posée.
A l'autre bout de la ville, le trou se
rebouche lentement. Les viscères de fer reprennent leur place et
les gravats se réunissent.
Le Titan des mains jointes entame sa
ronde.
Max Allais