Novembre 2019:
"Le reflet du néon de la bibliothèque cachait 🌞🌞🌞 3 soleils"
"Le reflet noir des vitrines traquait Camille comme d'innombrables vautours sinistres."
"Je l'ai rejoint, l'eau avait quitté le tarmac pour le soleil. Le parking était opaque d'automobiles. Il se trouvait dans l'espace convivialité du supermarché. Le directeur est un passionné d'Amazonie, des plantes grasses traînaient dans l'espace et chaque chaise portait le nom d'une tribu. J'enviais les caissières à travers les murs, je les voyais mollement travailler et discuter avec les clients. Je considérais Thomas en train de ranger ses jeux, son jean usé par ses talons, sa veste en simili cuir duquel dépassait les manches effilochées de son sweat. Je l'ai suivi jusqu'au coffre, y'avait dans sa marche la détresse inconsciente des classes moyennes, je lui aurais bien mis mon poing dans sa gueule. Et puis nous sommes rentrés."
"J'étais planté dans une flaque d'eau. Dedans y'avait un coton de tige gonflé et ma gueule en mieux. Autour y'avait du jeune goudron, d'un noir frais et aux légères teintes bleues."
Décembre 2019:
"À la veille des fêtes, les gosses tiraient à la carabine sur leurs idoles. Les néons coulaient au sol formant par endroits des flaques lumineuses multicolores."
"La ville était devenue une flaque d'eau infinie dans laquelle des lumières voltigeaient par intermittence. D'un balaiement de main une femme au sourire rempli de dents surgie dans sa vie, elle portait des haltères creuses et flottait dans la pluie."
"Elle traversa le fleuve des choses d'une démarche précise, presque agressive. Des plis érotiques se formaient entre ses fesses et ses cuisses, sur son vêtement gris mobile. Elle tourna son regard vers des miroirs précaires du centre commercial et séduit son reflet qui déformait vaguement son corps chétif. Son reflet croisa le regard d'un homme qui la suivait et disparue, du noir cernait ses yeux. Iels flottèrent jusqu'à l'embouchure de la cité électrique pour s'évanouir dans une plaie d'asphalte."
"Le voisin du dessous se retrouve dans un désert de pierres, il est allongé sur le sol et le lèche comme un chien. Parfois des grondements satisfaits sortent de son corps. Lilith le regarde, la caméra écrase les deux personnages."
"Lilith ne veut pas rentrer chez elle, elle ne veut pas allumer les éclairages froids de son appartement. Elle reste sous la pluie à circuiter la ville, les lumières brûlent au ras des flaques, des teintes multicolores cernent les trottoirs profonds.
Elle s'invite dans un taxi avec Donna Summer qui l'intimide, elle est grande, belle et semble friquée. Dans un demi sommeil elle chante à Lilith une chanson sensuelle, elle enfonce sa tête dans le siège et commence Ooooo it's so good it's so good it's sooooo good. Elle marque un temps, Lilith serre ses doigts et entrouvre la bouche. I feel loooooooove ! Donna Summer crispe la banquette, plante ses ongles et sourie de plaisir, elle chante pour Lilith qui trouve en elle une étoile sans lumière."
Janvier 2020:
"À la fin de la séance, Victor Hamonic s'élança du haut de la salle en foulées légères comme s'il n'avait jamais été malheureux de sa vie. Il lançait aux spectateurs des sourires francs et malicieux, puis il vint tourbillonner sur l'estrade. Il salua l'équipe technique et souffla un cœur à Gena Rowlands, l'actrice principale de son film. Il est pour beaucoup un été invincible, et ses œuvres témoignent d'une seule vérité: la vie c'est super."
"Sun Ra n'était plus qu'une pile de vêtements bon marché étalée sur le boulevard. Au moment où les flics l'ont vu flirter le trottoir, z'ont flingué le bonhomme. Ça faisait quelques jours que des caisses calcinées sortaient de sa bouche comme des nouveaux nés."
"Je regardais à travers les rideaux légers et la vitre les voitures immobiles, attendant au feu comme des veaux prêts à se faire zigouiller. Quelques lumières s'accrochaient à leur carcasse, des baisers délicieux rouges verts et bleus. Ces voitures portaient des soirées de confidences, des hommes cherchant des femmes et un visage cerné d'une avalanche brune. Elles vrombissaient de chansons entraînantes, suintant le sexe et l'effroi des vies presque jeunes."
"Tout le long des 100 mètres se trainait un très long humain. Il lui sortait des centaines de têtes, et plus de bras, ses jambes grouillaient sur le dur molles mais énergiques. Il glissait au creux des rues comme un glaire dévalant la gorge, puis s'est évanouit dans la buée des automobiles silencieuses."
"La fillette tirait à balles réelles sur son illustration prédessinée, des rayons jaunes traversaient les lignes noires brutales. Ses gestes reliaient le sujet et les marges, l'illustration et son support, le récit et l'endroit du récit, elle n'en savait rien mais ses gestes sur un même plan la fiction et la réalité. Son énergie niait toute binarité, il n'était plus question d'établir une distinction entre le sujet et son contexte, mais de tout habiter avec passion."
Jack Torrance