La chevelure grasse

Il y avait des barrières retournées sur la route, c'est la première fois que je voyais des policiers avec des armures. La ville prenait feu mais à la bibliothèque tout le monde regardait des documents.

J'ai fait tomber l'écriteau "Courts-métrages" sans faire exprès et l'ai remis pour passer le temps. Et puis je me suis déplacé vers les livres pour enfants et j'ai croisé la discussion d'un jeune qui racontait une histoire complexe de science-fiction à la documentaliste qui ne répondait pas. Les deux se sont séparés comme dans un jeu vidéo, sans formule de politesse, le jeune avec une coiffure que les écrivains ont dans les mauvais biopics est allé du côté des bandes-dessinées. J'étais caché derrière un ordinateur à écouter ce qui n'était pas mes affaires et je regardais ses cheveux se balancer comme des nuages vaniteux. Je ne voyais plus que son air de mec assuré de sa future réussite.
Je suis persuadé de réussir un jour ou l'autre et me demande si mes cheveux sont aussi arrogants que les siens.

D'autres cheveux m'ont surpris, je les croyais ringards au premier abord. Des yeux ronds et verts perlaient sur la frange jusque dans les orbites. Une fois en place, une voix douce comme l'épaisseur du givre s'est dirigé vers des documentalistes. Le manteau imperméable blanc avec des livres au bout des manches s'est mis à flotter jusqu'au rez-de-chaussé. Les mauvais auteurs regardaient le jean clair aux plis ronds. Et les baskets blanches portaient des jambes pressées de ne pas m'adresser un seul regard.

Mon ombre et moi regardions la buée pétillante nous considérer comme un poteau électrique. Nous sommes retournés à notre ville en feu les mains dans les poches et la chevelure grasse.

Max Allais