Marilyn à la fenêtre


Toute à l'heure, je suis allé déposer mes souvenirs à quinze minutes de chez moi, j'en récupère les images demain matin, parce que je suis pressé j'ai dit, et que jeudi c'est trop loin.

Il y avait une vieille femme devant le Carrefour Express, je lui ai sourit et dit Bonjour, et je ne sais pas si elle m'a retourné mes politesses parce qu'elle a été bien élevée ou si c'est juste comme ça.

Je ne voulais pas rentrer chez moi, car j'ai le sentiment que tous les objets qui y sont me regardent avec la sévérité tranquille des vaches qui sentent sur nos mains qui leurs font des mamours l'odeur assassine du fast food du coin.

En passant à côté d'un café je me suis dit que m'y asseoir et lire me permettrait de ne pas affronter les regards bovins. Il y avait deux vieux blancs et un trentenaire marocain. Personne ne causait et j'ai demandé un soda. Tous lisaient les actualités sportives, moi j'ai sortit mon bouquin avec Marilyn à poil dessus. J'ai fait en sorte que personne ne la voit, je l'ai caché comme un mec jaloux que sa meuf qui n'est pas la sienne aille niquer un mec à une soirée et que ça s'arrête juste à de la baise alors que lui il a des sentiments et il aimerait un peu d'amour de sa part et qu'imaginer le corps d'un mec contre elle le déprime et il voudrait la serrer fort dans ses bras pour pleurer dans son cou, c'est comme ça que je la cachais Marilyn.

J'ai lu, le presque jeune causait de boitiers pirates pour regarder le foot qu'il a réussi à choper au Maghreb. Les presque morts étaient intéressés de savoir comment se procurer ce boitier parce que les abonnements ça revient hyper chers aujourd'hui.

J'ai recroisé ma vieille et on s'est sourit.

Et le plus proche je me fais de mon appartement, le plus proche je me rapproche des fenêtres par lesquelles je pense à me jeter parfois. Alors je m'assois sur le rebord juste pour avoir peur de mourir.

Jack Torrance

Retour

 Y'a une sorte d'insecte qui fait du bruit, il y a un vrombissement électrique qui chante au loin et mes semelles dansent sous le soleil orange des lampadaires. 

Je longe seul les travaux de la rue perpendiculaire au cinéma, je pense aux personnes que j'aime, et à celles qui m'aiment. J'apprécie l'air frais qui annonce l'automne, avant on était en été et mon jean collait à mes cuisses. C'est comme si je pouvais mourir maintenant. J'ai l'impression qu'à chaque sortie de film, je peux mourir maintenant.

Je prends une rue sur ma gauche et de la musique lointaine m'accompagne dans l'aventure.

Je reste 15 secondes devant un appartement au troisième ou quatrième étage, pile poil le temps de m'en faire un cornet de glace que je vais lécher jusqu'à chez moi

Jack Torrance